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C'est ce cri qui bouffe les poumons, qui prend toute la place dans la poitrine, et qui gigote, toujours, qui bouscule, qui ne demande qu'à sortir, et qu'on retient, par politesse, qu'on ecrase. Se glisser dans le peau froide d'un cocotte minute

Avoir les jambes qui tremblent, le coeur qui explose, la poitrine qui se serre jusqu'à entendre les os craquer, doucement, agréable douleur. Le ventre noué, la gorge toute embarassée. Et puis essayer de se lever, avancer vers la scène, attraper la guitare, le pas fragile. Grimper les trois marches, se retrouver sur les planches, sous la belle lumière bleu des projecteurs. " Alors il s'appelle Romain, et il est venu jouer quelques morceaux assez étonnants. Je le laisse faire, vous comprendrez mieux." Les doigts tout tremblants sur le manche au début, un peu fragile. C'est pas facile de se retrouver nu devant ces inconnus. Pas facile de leur donner tellement de soi sans savoir ce qu'ils comptent en faire ensuite. Et puis le sourire, et puis la musique qui s'accroche au pieds, qui se mettent à taper le bois de la scène. Elle remonte tout le long du corps jusqu'à la tête. Les doigts qui se délient, qui se font plus confiants, plus rassurés, plus rassurants. Se laisser bercer par ce qu'on offre, ecouter la clameur silencieuse du public. Apercevoir quelques sourires, quelques regards qui brillent à travers l'éclat des projecteurs.
Apres, quand l'euphorie fût tombée, quand la guitare fût retournée à son étui, apres il y eu ce Monsieur, avec sa voix de géant, ses allures d'ours pas reveillé, et ses mots adorables. "C'était vraiment bien p'tit gars. J'aime beaucoup ta façon de toucher ta guitare, ta façon de trouver les notes, j'aime bien tes morceaux, ce qu'ils racontent. C'est doux, mais energique. C'est agréable, vraiment continu, t'arrêtes pas t'ira loin".




Et te regarder dormir en te chuchotant mon amour à l'oreille et me demander si mes mots traversent les parois opaques de ton sommeil, et me demander si ils s'en vont peupler tes rêves, et te trouver belle dans ton silence, dans tes respirations, et sentir ta main dans la mienne, et prier pour que tu ne te réveilles pas tout de suite, que tu attendes avant de t'enfuir, que tu me laisses le temps de m'imprégner de toi, de ton la chaleur de ton souffle, de tes frissons, et arrêter de respirer, calmer les battements de mon cœur, le laisser danser légèrement, au rythme du tien qui dort, et craindre tes sursauts, et me sentir mal quand tu te retournes, que tu t'éloignes, et manquer d'oxygène de te savoir si proche et tellement loin, ailleurs, dans tes songes, et reprendre mon souffle quand je sens ta main glisser sur mon épaule, et descendre innocemment le long de mon bras, et faire une pause là où il se courbe, et me retenir de rire parce que tu me chatouilles, et qu'il ne faudrait surtout pas que tu te réveilles, que tu bouleverses l'équilibre de ces quelques secondes en apesanteur, et sourire quand à nouveau tu attrapes ma main, et me demander si tu dors encore, ou si tu fais semblant, et m'en moquer finalement, vivre et me demander de nouveau à quoi ressemble le paysage derrière tes paupières fermées, et te dévisager, et t'apprendre par cœur, et fermer les yeux et m'amuser à te dessiner dans l'obscurité, tracer les contours de ton visage à la craie, y déposer un ciel, un soleil à chaque coin de ton sourire, et y déposer un millier d'étoiles, et leur en vouloir, à ces étoiles, à ces soleils, et en vouloir au ciel de ne pas être assez beaux, assez doux, et ouvrir les yeux, et me laisser envouter, happer, et penser que je t'aime, et me demander si je t'aime, et te chuchoter des histoires, et te voir sourire, et me dire que surement tu m'entends et vouloir t'embrasser, et refuser de te perdre, et attendre le levé du soleil, et fuir le sommeil encore un peu, un instant, et m'assoir à côté de toi, et ne plus bouger, te regarder, et me dire que finalement tu sais.
Je dine en tête à tête avec mon fantôme, dans la cuisine d'un appartement trop desert, et il a décidé de ne pas me parler, de juste me scruter, de m'écouter, et je monologue face à mon assiette de patte, et il m'écoute et il me regarde, se moque de moi je crois, d'un air de dire que ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude, que ce n'est pas le premier jour de solitude, et que j'ai déjà du en inscrire un paquet au préalable sur le calendrier, et que j'ai beau essayer, toujours il me rattrape. « Tu es Chronique Romain ».
Chronique oui, je crois que c'est le mot. A partir de quel moment est on chronique? A partir de combien de répétition de la même action? Des même actes, et peut être même des mêmes paroles? C'est que la troisième fois hein, que la troisième fois que je me retrouve tout seul, c'est chronique quand c'est pour la troisième fois en huit moi qu'on se retrouve à éprouver le même sentiment de lassitude envers les gens qui nous entourent, et qu'on disparaît, de nouveau, pour changer d'air, changer d'horizon? J'en ai marre Romain. J'en ai marre de ton insatisfaction perpétuelle, de cette foutue manie que tu as de toujours t'enfuir, de toujours vouloir te retrouver avec toi même, de ne jamais vouloir te donner un peu, un tout petit bout de toi, pour permettre à ceux avec qui tu vis, les autres comme tu dis, de trouver la clé pour en obtenir plus, et peut être te séduire, te plaire, recevoir un bout d'amitié, se faire une place dans ta poitrine. Pourquoi tu ne leur donne pas les clés de ta parole hein? De ton langage? Pourquoi tu ne te laisses pas aller?
Ca fait trois fois, trois fois que tu les abandonnes. Pas les même, des différents toujours, des rencontres comme ça au gré des jours, que tu abandonnes, parce que tu ne sais pas être sociable. Ou parce que tu exiges trop, tu leur demande ce qu'il ne savent pas t'offrir. Romain, dis moi, dis moi combien de personnes s'abritent dans les plis de ton cœur. Allez, tend moi une main, une seule, je suis sûr que tu auras assez de doigts pour les compter. Elles sont rares hein? Elles sont peu. Deux je dirais. Et même elles, même elles je ne sais pas si tu saurais les garder. Tu les aimes, c'est une évidence, ça se voit, ça se sent, tu les aimes immensément, parce qu'elles te connaissent, parce qu'elles les ont les clés, tu leur as cédé. Et dis moi, tu crois que tu sauras les garder? Est ce que tu crois que tu sauras te protéger des kilomètres qui vous séparent? Parce qu'elles sont loin hein? Toute les deux elles sont loin, plus ou moins, trop loin du moins pour que tu puisses leur attraper la main, les serrer dans tes bras, trop loin pour les mots chuchotés à l'oreille, trop loin pour les voir sourire, les entendre rire, trop loin. Et tu doutes, tu ne sais pas si tu sauras les garder hein? Enlève ta pudeur, cache moi ça. Pourquoi n'oses tu jamais prendre toute la place qu'on t'offre dans un cœur? Pourquoi as tu toujours peur de déranger? D'être de trop?
Tu es fais de ponctuel, d'instants présents, ou parfois tu arrives à exister, et, des que le temps passe tu perd pied. De ponctuel et de sentiments profond, qui dépasse toutes notions de temps, et d'espace. Tu sais et tu n'as besoin que de ça, de savoir, pas de justifier, de savoir, et si tu sais qu'elles existent, si tu sais qu'elle t'aime, tu arrives à le combattre le temps hein? Tu arrive à lutter contre les frontières.
Mais là, tout de suite, là ce soir tu te retrouves seul, pour ne pas changer, tu te retrouves seul face à ton plat de pattes froides, sous la lumière trop pâle de la cuisine, et tu aurais besoin de présence. Tu as vu Chloé, et tu la détestes, tu dis que tu la détestes, et pourtant tu lui parles, une cascade de mots, une avalanche de sons à chaque fois parce qu'il y a en toi ce besoin de tout faire jaillir, de parler, de parler avec quelqu'un qui sait te percevoir, qui comprend ton langage, et tu la détestes, mais elle le connait ton foutu langage, et il n'y a qu'à elle, qu'avec elle que tu peux donner une consistance à tes mots quand le besoin urgent de parler se fait sentir, et tu t'en veux, et tu t'en veux d'exposer tes failles, parce que tu sais qu'elle saurait s'en servir, mais tu n'as pas d'autre issu, parce que tu n'as pas envie de mots écris sur un écran, tu as envie de son, de vacarme. Tu as envie d'une voix à l'autre bout du téléphone, d'un chuchotement dans le creux de l'oreille et ça a disparu ça hein?
Allez va, pleure pas, ça ira mieux demain, ça sera toujours un jour de moins...




